WHITE ROCKS / NATION CHANGE

Je me souviens, ou du moins, j’essaye. Nous sommes à Malte. Le 6 mars 2018. Nous prenons le bus pour aller à Rabat. Nous roulons. Je suis assise juste à côté de la fenêtre, et je regarde défiler le paysage. Nous roulons. Je vois des immeubles. Des vieux, complètement décrépis et à la limite de s’effondrer sur eux-mêmes. Nous roulons. Là-bas, des immeubles ultra-modernes ; ceux qui ont remplacé les habitations traditionnelles, les petites rues conviviales et vivantes pour accueillir des centaines de touristes, des restaurants et autres commerces lucratifs. Nous roulons. Ici, des immeubles en construction. De profonds trous sont creusés pour pouvoir les réaliser. On abat, on creuse, et on reconstruit. Les creux abriteront ensuite des parkings souterrains. Nous roulons. Les rues défilent. Nous roulons, et la vue se dégage. Nous longeons la côte. Nous roulons. J’aperçois la mer, des étendues de verdure et de roches. Nous roulons. Pendant une fraction de secondes, j’ai le temps d’apercevoir des immeubles surgir de ces étendues. Des immeubles jaunes, effrités. Je n’ai pas le temps de bien les regarder, mais je me sens attirée par cet endroit. Sans savoir ce qu’il était, ce qu’il est désormais.
Nous sommes le 9 mars. Je marche avec Charlene jusqu’à cet endroit aperçu depuis le bus. Il n’est pas simple à trouver. Nous marchons, et nous discutons de choses et d’autres. Nous marchons à travers les étendues que j’avais aperçues depuis le bus. Ces étendues de verdures et de roches. Nous marchons, sans trop savoir par où passer. De loin, nous apercevons des voitures et des militaires. Nous nous dirigeons vers eux pour demander notre chemin. L’un d’eux vient vers nous en nous demandant de faire demi-tour : ils font des essais de tirs. Il nous indique une route à emprunter ; nous la suivons. Nous continuons de marcher. Il fait chaud. Nous finissons par apercevoir les immeubles. Des immeubles abandonnés, dont il ne reste plus que l’ossature. Nous nous rapprochons petit à petit. J’accélère le pas. Je quitte la route et rejoint l’étendue rocheuse ; plus escarpée, mais plus rapide. Mes pieds glissent contre les roches, butent contre de petites pierres. Mes jambes s’accrochent aux ronces et aux branches. J’avance. De loin, j’aperçois 5 immeubles. Ils sont recouverts de graffitis. En m’approchant, d’autres immeubles se dévoilent. Au total, il y en a une plus d’une dizaine. Tous abandonnés. Tous plus ou moins en train de s’effondrer. Tous couverts de graffitis. Tous rongés par la végétation.

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